Co-construire la Rive droite numérique

Bordeaux et le GPV Rive Droite

Le Grand Projet de Ville (GPV) des Villes des Hauts de Garonne (Lormont, Bassens, Cenon, Floirac), qui fait face à Bordeaux, relève le défi de stimuler le développement d’un territoire historiquement défavorisé par rapport à la ville centre. Dans le contexte des travaux de rénovation urbaine qui se déroulent sur les quatre communes, il est apparu nécessaire d’aider les habitants à se réapproprier le territoire. Une phase de diagnostic, préalable à la mobilisation des acteurs du territoire, a consisté en la cartographie du « territoire numérique » et de ses principaux acteurs. Quatre ateliers de projet et deux ateliers de « prototypage » ont ensuite réuni divers acteurs du territoire (habitants, associations, entreprises, médias locaux) afin de faire émerger leurs besoins et tirer profit de leurs expertises d’usages. Ils devaient servir de support à la création d’une « plateforme d’innovation numérique et sociale » (PINS) afin d’enrichir l’offre de service aux habitants, associations et entreprises. Le projet est toutefois gelé, et la dynamique collective attendue difficile à évaluer, malgré le lancement de quelques microprojets.

INTERET DU PROJET

  • Ce projet, qui englobe 4 communes, pose la question de la diffusion de la culture de projet parmi des acteurs n’ayant pas à travailler ensemble au quotidien pour les autres missions qu’ils effectuent.
  • Le projet interroge le rôle des technologies numériques dans la co-construction, à la fois comme vecteur de communication et comme objet de la démarche de co-construction, les acteurs du territoires étant les mieux à même d’exprimer leurs besoins et leurs usages.
  • Le financement de la démarche de co-construction est présenté comme un obstacle par certains acteurs du projet, qui reste intégralement dépendant des fonds publics.
  • Le gel du projet en 2011 illustre la difficulté à faire prendre durablement une démarche co-constructive en dehors des porteurs du projet qui l’incarnent fortement.
Bordeaux

Abstract

Dans le cadre d’importants travaux de rénovation urbaine, le Grand Projet de Ville (GPV) des Villes des Hauts de Garonne (Lormont, Bassens, Cenon et Floirac) a lancé en 2008 un projet d’ « innovation sociale et numérique ». Il s’agit ainsi d’accompagner les transformations physiques du territoire par une démarche visant à permettre aux habitants de se le réapproprier.

L’objectif affiché ?
Mieux adapter les services aux besoins et aux nouveaux usages des acteurs du territoire. Habitants, associations, médias locaux et entreprises sont donc réunis au sein de six ateliers de projet animés par la 27ème Région. La procédure mise en place par ce laboratoire des transformations de l’action publique est inspirée des méthodes d’innovation traditionnellement associées au secteur des nouvelles technologies et de l’entrepreneuriat. Appliquées au domaine urbain, ces méthodes intègrent largement la participation comme levier de mobilisation de l’intelligence collective. Dès lors, il ne s’agit pas de présenter un projet aux participants mais de créer les conditions favorables pour une innovation ascendante, collective et au plus proche des besoins des acteurs du territoire. Ces ateliers ont également permis de rédiger le cahier des charges d’une Plateforme d’Innovation Sociale et Numérique (PINS), conçue comme une arène numérique de participation ouverte où les acteurs du territoire auraient pu échanger, proposer et innover sans médiation directe des pouvoirs publics. Sa mise en place devait constituer le point d’orgue du processus de co-construction et permettre l’inscription de cette dynamique dans le long terme. Elle a cependant été gelée, en raison de difficultés de financement et d’un affaiblissement des soutiens politiques.

Le projet « Co-construire la Rive droite numérique », quelle(s) leçon(s) en tirer ?
Si la PINS n’a pas vu le jour, il y a toutefois beaucoup à apprendre du processus qui aurait dû amener à sa mise en œuvre. Il illustre tout d’abord les difficultés à sortir du modèle français de participation alors que la co-construction est très peu « outillée ». En effet, les dispositifs participatifs en France sont généralement intégrés dans le fonctionnement institutionnel : la participation s’organise autour d’une tradition de mise en débat de propositions émanant des pouvoirs publics. Bien que la volonté des porteurs du projet ait été de sortir de ce modèle pour faire des acteurs du territoire de véritables forces de proposition, le dispositif mis en place reste imprégné de cette culture institutionnelle.

Par ailleurs, l’arrêt du projet pose la question de son évaluation. Doit-on considérer que l’absence de production effective marque l’échec du projet ? Des micro-projets ont pourtant vu le jour en marge du dispositif (pédibus scolaire, fourgonnette collective pour les artisans), démontrant la capacité des acteurs du territoire à proposer des solutions collectives sans la médiation directe des acteurs publics. La dynamique de territoire mise en avant par les porteurs du projet semble difficile à quantifier. Toutefois, ce genre de projet démontre qu’un projet de co-construction ne s’évalue pas uniquement au regard des ses réalisations (services ou infrastructures), mais également au regard de sa capacité à générer une dynamique collective sur le long terme.

Le projet Co-construire la Rive droite numérique invite à penser la co-construction dans un cadre plus large que la seule dimension participative. Le projet révèle avant tout un certain nombre de transformations de l’action publique liées à la valorisation d’une logique ascendante (bottom-up) dans les processus décisionnels. Elles préfigurent un renouvellement du rôle des pouvoirs publics qui se chargent notamment de créer les conditions favorables à l’expression par les acteurs du territoire de leurs besoins et de propositions de changement. Les pouvoirs publics cherchent ainsi à décloisonner l’action collective, à permettre aux différents acteurs de proposer ensemble des solutions en valorisant une « culture de projet » (G. Pinson). Enfin, le projet met en évidence la montée en puissance des outils numériques dans la gouvernance urbaine aussi bien comme leviers de participation que d’innovation.

EN SAVOIR PLUS

LES CHIFFRES

  • Environ 65 000 habitants sur 4 communes
  • 11 chantiers de rénovation urbaine

LES acteurs

  • GPV Rive Droite
  • Municipalités de Baassens, Cenon Floirac et Lormont
  • Région Aquitaine
  • Fondation Internet Nouvelle Génération
  • Réseau de la 27ème Région
  • Tissu associatif

CONTEXTE
INSTITUTIONNEL

  • Modèle français de participation institutionnalisée.
  • Valorisation de la participation par la Politique de la Ville comme facteur de développement endogène.
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